Conseil communal du 29 juin 2017  Point 3 : Règlement relatif aux pôles urbains (mendicité)

Publié le par Anne Oger

Voici ma communication comme Cheffe de groupe CDH.

Nous voici à nouveau confrontés à un sujet sensible, celui de la mendicité et de la nécessité ou non d’établir un règlement pour l’interdire, du moins dans certaines rues et pour une durée déterminée.

 

Même si cette interdiction est limitée dans l’espace et dans le temps, des inquiétudes restent légitimes : ce règlement n’ouvre-t-il pas la porte à une dérive sécuritaire ? Ne porte-t-il pas une atteinte fondamentale à la liberté individuelle ?

Le problème est d’autant plus complexe que le phénomène recouvre des réalités très différentes : tous les mendiants ne sont pas des SDF, tous ne sont pas agressifs…

 

Mais, alors qu’on pouvait, il y a quelques mois, penser que la situation était sous contrôle, nous sommes face à des constats interpellants.

Plusieurs rapports en témoignent et ils ont alimenté les discussions au sein du dernier comité de suivi, mis en place après juin 2014 : le nombre de « mancheurs » est en augmentation, même hors du centre-ville (Jambes, Salzinne), les cas de violence sont plus fréquents (118 interventions de la police en 2014, déjà 97 de janvier à mai 17), la mendicité avec enfants, qui nous heurte tant, regagne du terrain et l’insistance de certains mendiants dissuade une partie du public à venir en ville.

 

Citoyens, touristes, commerçants sont d’ailleurs plus nombreux à interpeller les autorités publiques, en reconnaissant parfois qu’ils ont peur de porter plainte, par peur de représailles.

Et nous sommes aussi confrontés à une demande émanant tant de la police que d’autres acteurs de terrain qui cherchent depuis plusieurs années à mener une action concertée, cohérente et efficace.

 

Pouvons-nous, devons-nous laisser la situation en l’état?

Les risques ?

  • Un appel d’air accru pour des « mancheurs » venant d’autres communes.

Rappelons que beaucoup de villes wallonnes (dont Liège, Charleroi, plus près de chez nous Andenne) réglementent la mendicité.

  • Un découragement des acteurs de terrain confrontés à l’impuissance, à des débordements qu’ils ont de plus en plus de mal à gérer.

  • Une baisse d’attractivité commerciale et touristique.

  • Et un sentiment d’insécurité grandissant .

Un nouvel équilibre doit donc être trouvé entre une politique sociale forte et des mesures à prendre, pour que chacun, en ces mois d’été, puisse trouver dans l’espace public la tranquillité et la sécurité auxquelles il aspire.

Force nous est de constater que les dispositions traditionnelles des règlements de police ne suffisent pas. Un constat d’ailleurs déjà dressé en 2013 par Paul Magnette pour justifier la mise en place d’un règlement à Charleroi.

 

Certes, le texte proposé ce soir ne doit pas nous pousser à fermer les yeux ; il ne doit pas entretenir une image stéréotypée du mendiant, donner lieu à des amalgames ; il ne doit pas être un blanc seing pour nous dédouaner et cesser de lutter contre une paupérisation grandissante ; il ne doit pas nous faire oublier que la mendicité nous questionne sur des failles de notre société. Et il n’est pas non plus LA solution à même de régler toutes les nuisances sociales. (Ma collègue Dorothée Klein abordera d’ailleurs brièvement ce point)

 

Mais si un règlement est souvent perçu sous l’angle de la contrainte, il offre aussi des opportunités et peut être un levier, s’il est appliqué avec discernement, avec une gradation dans l’application des mesures, en privilégiant l’écoute, le dialogue, dans le respect de l’autre.

Ici, par exemple, contrairement à ce qui se passe dans certaines communes, il n’a jamais été question de saisir l’argent récolté.

Et l’accompagnement des personnes précarisées reste central : elles seront guidées vers les services sociaux existants.

 

Enfin, nous ne pouvons pas faire fi des difficultés rencontrées par les acteurs de terrain, parfois proches du burn-out. Après septembre, lors de l’évaluation du nouveau dispositif à laquelle plusieurs d’entre nous aimerions être associés, il faudra d’ailleurs réfléchir à la façon de les doter d’outils plus performants.

 

Peut-être aussi, l’an prochain, si la bonne situation budgétaire de la ville se maintient, sera-t-il possible d’augmenter encore l’enveloppe destinée à la politique sociale?

 

En tout cas, améliorer le vivre ensemble est et doit rester le coeur de notre politique.

 

 

Publié dans Conseil Communal

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